Outardes
Catherine Côté

Les éditions du passage
J'écris beaucoup de poésie. Mais j'en lis très peu. Probablement parce que quand je lis un livre de poésie, j'aime sortir d’un poème et entrer dans le suivant sans que le fil narratif soit coupé. Ce que ne permettent pas les recueils de poésie assemblés de plusieurs poèmes individuels, sauf exception bien sûr.

Ce plaisir, le recueil Outardes de Catherine Côté me l’a procuré d’une façon intime à travers la lecture de ses trois parties distinctes : Rouyn (que je décrirais comme un retour chez soi pour corroborer nos souvenirs), Cala (le deuil) et Maison morte (ce que l’écriture seule ne pourra jamais régler).

Outardes, c’est l’histoire d’une fille qui quitte Montréal pour revenir dans les forêts de l’Abitibi en vue de se libérer de son héritage devenu trop lourd à porter.

Si la thématique d’un périple sur une route du Nord est intéressante et entraîne rapidement le lecteur, elle se transforme peu à peu en quelque chose de beaucoup plus personnel.

De toutes ces morts qui pèsent la narratrice, l’une semble se démarquer des autres, car elle revient plusieurs fois dans les poèmes et les textes en prose. En effet, si la narratrice parle de « morts » au pluriel, elle s’attardera surtout à celle son grand-père dont elle ne garde qu’une photographie.

Si ce grand-père semble être, au premier abord, le sujet principal de l’ouvrage, je me suis rendu compte que le projet de l'autrice est porté par une tout autre histoire plus nuancée que la première. En effet, les souvenirs qu'elle nous racontent sont, en fait, des histoires qu’elle-même s’est fait raconter par sa famille, car nous apprenons que son papa avait quinze ans quand son grand-père Jean est mort, qui veut dire qu’elle ne l’aurait jamais connu elle-même.

Nous nous retrouvons donc, comme lecteur, devant un double héritage qui n’identifie plus Outardes comme un héritage familial, mais comme un hommage pour le deuil du père de la narratrice.

À mon avis, ce qui dérange avec Outardes, ce n’est pas tant ses thèmes personnels, mais plutôt les multiples passages en prose qui ne semble servir qu’à informer le lecteur de détails qu’il ne connaît pas. En effet, dans ces passages en prose, nous pouvons relire les thèmes du deuil, de l’héritage familial et de l’Abitibi, qui ne sont qu’évoqués dans les poèmes, mais cette fois clairement explicités.

Ce qui fait en sorte que comme lecteur, nous nous trouvons à lire une histoire et tous les détails qui expliquent sa création.

Or, quand je lis de la poésie, même si le fil narratif est clair, j’aime qu’on laisse juste assez de flous pour que je puisse trouver un nouveau sens à chacune de mes lectures. C’est ce qui différencie, selon moi, un poème des autres formes littéraires.

Les Outardes est quand même de la très belle poésie. Une poésie qui prendrait vraiment tout son sens si elle pouvait être lue à voix haute.

Outardes
Les Éditions du passage
Auteur : Catherine Côté
Parution : 13 février 2017, 104 pages
ISBN-13 : 9782924397329

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