Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres
Boucar Diouf

Édition LA PRESSE


Je connaissais Boucar Diouf comme humoriste et animateur, mais je viens de découvrir l'écrivain. En commençant le livre, je dois dire que j'avais certaines appréhensions. Un livre qui mélange le conte, la science et la biologie? Pas sûr! Mais j'ai vite été ravi par le style d'écriture de l'auteur. De plus, quoi de mieux qu'un conte pour transmettre les histoires, surtout si le conteur est un vieux baobab qui connaît la vie depuis le bout de ses racines jusqu'au bout de ses branches, ou saisir au vol les paroles que le vent lui apporte.

La poésie des mots nous transporte au-delà des temps, au-delà des lieux, pour nous révéler une vérité toute simple, toute bête : il ne faut pas chercher la vérité, la prouver, mais il faut l'écouter, la regarder, la sentir.

Boucar  Diouf est pris entre deux réalités. Fils d'éleveurs, il a quitté sa savane du Sénégal pour immigrer dans un pays froid, dans un pays riche, le Canada. C'est un scientifique, mais aussi un enfant de la savane, bercé par les contes et les croyances ancestrales. Ses ancêtres connaissent les lois de la nature, ils savent, sans avoir besoin de le prouver, d'où ils viennent et où ils s'en iront. Ils font en sorte de respecter ce cycle : recevoir et donner.

Le vieux baobab, comme s'il était pressé, comme si ses jours étaient comptés, lui confie son savoir millénaire. Par moment, on a du mal à comprendre le fil de l'histoire. C'est peut-être justement parce que cette histoire, la nôtre, celle des bactéries, des arbres, des hommes, est unique et indissociable. Elle est à la fois simple et complexe.

C'est un conte qui parle de la société moderne, de l'immigration, de la transmission, de la famille, de l'éducation, de la science, de la religion. Le conte peut paraître un peu trop feuillu, un peu trop fouillis, car l'histoire part dans tous les sens. On peut le comprendre ; le chemin est long des racines jusqu'au sommet du baobab, des bactéries jusqu'au végétal… du végétal à l'animal.

L'important est de ne pas se perdre en chemin, de tendre l'oreille quand les anciens de ce monde émettent des sons, des odeurs, des craquements. Il ne faut pas croire qu'ils sont immobiles et ne ressentent rien. Ils sont beaucoup moins turbulents que les hommes, ils sont presque silencieux. Les discrets ont beaucoup à apprendre aux grands de ce monde.

Un conte très riche, qui nécessite une lecture attentive. Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres est un véritable petit bonheur de lecture ! Un livre tout à fait unique !

Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres
Éditions LA PRESSE
Auteur : Boucar Diouf
Parution : 6 octobre 2015, 132 pages
ISBN-13 : 9782897054243

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